# MUSIC => Come Undone, by Jackson Waters #
Pas très loin de cette partie du monde appelée Bretagne, et dans le même pays, une ville. Une grande ville, qui compte plusieurs millions d'habitants. Une ville qui regorge de trésors, de souvenirs. Une capitale, celle de la France. Paris. Sur quelque 105 kilomètres carrés, s'étendent des constructions de toutes sortes, modernes et plus anciennes. Mais en nous recadrant sur le cœur de cette ville, nous apercevons une grande bâtisse blanche d'où provient le son de cloches. Comme un carillon triste s'envolant vers les cieux. Une église. Une foule de personnes piétinait à l'entrée. Des groupes se formaient, et les visages se fermaient. Ces groupes semblèrent s'écarter pour regarder passer un triste spectacle. Deux hommes, deux femmes. Et un grand cercueil de bois blanc porté par des officiers. A la tête du cortège, un homme d'une cinquantaine d'années soutenait une femme du même âge ; leurs visages étaient crispés par la douleur, leurs yeux bouffis. Derrière eux, et derrière le cercueil, avancaient deux jeunes gens, d'une ressemblance flagrante, malgré leur sexe opposé. Un jeune homme d'une vingtaine d'années, blond, au regard perdu et inexpressif. A son bras, une jeune femme blonde aux grands yeux bleus, pinçait les lèvres et laissa couler une larme sur sa joue. Tous ces gens, qu'elle les connaisse ou non, ils étaient tous là pour Elle. A 21 ans, cette jeune fille venait de perdre un des trésors que le monde lui avait offerts. Un cadeau que le Ciel lui avait repris.
La jeune blonde ne put s'empêcher de fixer le cercueil. Elle était couchée à l'intérieur, revêtue d'un linceul blanc. Le visage défiguré, le corps brûlé. Un incendie. Une fête, un moment d'inattention, et des vies qui partaient en fumée. La jeune femme secoua la tête, tentant d'échapper à ces visions d'une douleur ineffable. Elle releva la tête au moment même où ils arrivaient au cimetière, près de l'endroit ou reposerait désormais sa petite soeur.
Le soleil de mai semblait être caché par un halo de nuages, mais on pouvait quand même apercevoir son contour malgré la faible intensité de sa lumière. La nature s'était éveillée à l'appel du printemps, tout était encore neuf, à peine né. Au milieu de quelques arbres se dressaient des pierres grises, des croix en pierre, dans lesquelles étaient gravées des dates, des noms.
La femme d'une cinquantaine d'années, entourée de deux hommes, un plus vieux que l'autre, ne pouvait retenir ses cris, ses larmes de détresse. Elle avait perdu ce qu'il lui était le plus cher. Une partie de sa chair, de son sang. La jeune femme blonde ne laissait aucune larme s'échapper de ses yeux, pourtant son visage était marqué par la douleur, le sentiment d'injustice. Elle regarda la boîte descendre peu à peu pour finalement disparaître dans les abymes de la Terre. La famille s'avança à l'unisson encore plus près de la pierre tombale ou gisait à présent leur petite sœur, leur petite fille. Des fleurs merveilleuses ornaient la tombe. Un rayon de lumière transperça le halo de nuage pour venir s'échouer sur le nom de la défunte. Juliette y vit un signe.
__ Adieu, Lucie.
Ils s'écartèrent, et quittèrent le cimetière, lui permettant de retrouver son silence abominable. Ils devraient s'y faire, ils leur manquerait à présent un membre de la famille, un pilier. Ils devraient apprendre à continuer à vivre, alors que la vie de Lucie avait été prise trop vite, trop injustement.
Désormais, Juliette était allongée sur son lit, les yeux fixés au plafond. Seule et vide. Il fallait qu'elle parle à ses parents. Ce qu'elle avait à leur dire n'était pas très joyeux, surtout aujourd'hui, mais il fallait qu'elle leur dise. Il fallait qu'elle y aille. Et puis, Mathieu la soutenait. Plus ou moins.
# FLASHBACK #
__ Tu vas vraiment partir ? Juliette...
__ Oui. Oui, Mathieu, je vais partir.
__ Maintenant ? Tu peux pas attendre quelque temps ?
__ Non. Je peux pas.
__ Je sais que t'as besoin de t'éloigner du monde quand t'es triste, mais pourquoi si loin ?
__ Je suis pas triste, Mathieu. J'ai juste plus d'espoir. Lucie est partie, et elle ne reviendra pas. Et j'ai besoin de quitter cette ville, de quitter cet endroit et ces gens qui l'ont vue mourir. J'ai besoin de changer d'air. Et puis il faut que je fasse un stage.
__ Je sais très bien tout ça, mais moi, je fais quoi ? Je reste tout seul avec papa et maman ? En ce moment ? Je vais finir par rejoindre Lulu si je reste trop longtemps seul. Je pensais qu'on pouvait tout partager ensemble, Jul', même ça. Surtout ça.
__ Laisse-moi faire le deuil de ma petite sœur là-bas. Je t'en prie Mathieu... laisse-moi partir...Ce sera pas si long...
__ Un an sans ma Lulu ni ma sœur jumelle, si Juliette, ça va être long.
__ Je sais, je sais. Bien sûr que ce sera long, mais s'il te plaît, Matt', m'en veux pas. Je pourrais pas supporter ça en plus.
__ Je t'en veux pas...Je peux pas t'en vouloir, pas à toi. Pas à ma jumelle d'amour. Mais j'ai juste un peu de mal à me faire que je vais me retrouver seul. Je savais qu'il fallait que tu partes en stage à l'étranger, mais j'avais jamais imaginé que Lucie ne serait pas là non plus.
__ Il faut qu'on se soutienne, pour elle. Et on en ressortira encore plus forts, je te le promets.
__ Tu vas me manquer, Jul'. Mais j'achèterai le journal tous les jours pour lire tes articles !
__ (serrant son frère dans ses bras) Merci...Toi aussi tu vas me manquer Matt'.
# FIN DU FLASHBACK #
Juliette se leva, et descendit au rez-de-chaussée. Ses parents étaient dans le canapé, ils feuilletaient, tout émus, des albums photo. Juliette ferma les yeux, elle ne voulait pas voir ces images. Les images d'une famille heureuse et unie. Les images d'un temps désormais révolu. Juliette inspira un grand coup, et entra dans le salon. Elle avait peur qu'ils la trouvent lâche, qu'elle fuyait la réalité, mais elle savait qu'elle en avait besoin. Ses parents la regardèrent tendrement, voulant déverser tout leur amour dans ce moment si pénible. Juliette prit une nouvelle inspiration et se décida à parler.
__ Papa, Maman, j'ai quelque chose à vous dire. C'est peut-être pas le bon moment, mais j'ai le sentiment que si je n'en parle pas maintenant, je ne le ferais peut-être jamais... Je crois... je crois que j'ai besoin d'espace. Vous savez comment je suis, m'éloigner en solitaire pour combattre les moments douloureux. Aujourd'hui encore, j'en ai besoin. J'aimerais vraiment que vous me compreniez.
__ Ca veut dire que tu veux partir ?
__ Oui, Maman. Je ne veux surtout pas paraître lâche, mais je veux surmonter sa... sa mort. Mais j'ai besoin que vous soyez derrière moi pour ça.
__ Tu as déjà pensé à un endroit j'imagine ?
__ L'Australie. Je pourrais faire un stage de journalisme là-bas.
Un silence s'installa, trop long pour Juliette. Ses parents la dévisagèrent sans montrer aucun sentiment. Son père consulta sa femme, puis se tourna vers sa fille.
__ Si c'est ce que tu souhaites, on est d'accord.
Juliette s'avança et se réfugia dans les bras de son père, sous les yeux bienveillants de sa mère. Elle s'y sentait bien, et protégée, comme lorsqu'elle était enfant et qu'elle avait fait un horrible cauchemar. Comme quand Lucie était là. Sa mère s'approcha et se joignit à l'étreinte. Leurs bras, leurs peaux et leurs larmes se mêlaient. Mathieu apparut sur le seuil du salon, les bras croisés, la mine faussement vexée.
__ Et alors, les câlins collectifs, c'est sans moi maintenant ?!